Pourquoi certaines personnes arrivent à écrire, publier des vidéos, envoyer une newsletter, bref à créer pendant des années… alors que d’autres arrêtent au bout de quelques mois, parfois sans même vraiment s’en rendre compte ?
Pourtant, au départ, ils ne sont pas si différents. Ils ont souvent les mêmes envies que vous et moi. Les mêmes idées, encore un peu floues. Les mêmes outils aussi.
Et aujourd’hui, ils ont même quelque chose que les créateurs d’il y a cinq ou dix ans n’avaient pas : l’intelligence artificielle.
En quelques minutes, elle peut proposer un plan, trouver des idées, écrire un premier jet, créer un visuel ou aider à monter une vidéo. Si on regarde ça de loin, on pourrait presque croire que créer du contenu est devenu facile. En théorie, oui. Mais seulement en théorie.
Parce que quand on regarde ce qui se passe réellement, on retrouve toujours les mêmes histoires. Un blog est lancé avec enthousiasme, puis plus rien après une dizaine d’articles. Une chaîne YouTube publie trois vidéos par semaine pendant un mois, puis elle s’arrête presque du jour au lendemain.
Une newsletter arrive fidèlement tous les mardis… jusqu’au mardi où elle n’arrive plus. Je suis sûr que vous avez déjà vu ça. Moi aussi. Et ce qui m’a toujours intrigué, c’est que ces projets ne sont pas forcément mauvais. Au contraire, certains démarrent même plutôt bien.
Au début, il y a toujours ces petits signes qui donnent envie d’y croire. Un commentaire enthousiaste. Trois abonnés qui arrivent d’un coup. Un ami qui vous dit : « Franchement, continue. » Ou ce message qu’on relit plusieurs fois parce qu’il fait vraiment plaisir.
On se dit qu’on tient peut-être quelque chose. Puis, sans qu’il se passe un événement particulier, le rythme commence à ralentir. On saute une publication parce qu’on manque de temps. Puis une deuxième. Puis on se dit qu’on reprendra la semaine prochaine. Et quelques mois plus tard, le projet est devenu un souvenir. Ce qui est étrange, c’est que souvent personne n’a vraiment décidé d’abandonner. Les choses se sont simplement arrêtées.
Pendant ce temps-là, d’autres continuent. Ils ne sont pas forcément plus talentueux. Ils n’ont pas forcément plus d’idées. Je ne suis même pas sûr qu’ils aient plus confiance en eux.
Ils doutent probablement autant que les autres. Ils connaissent les mêmes vidéos qui font peu de vues, les mêmes articles qui passent inaperçus, les mêmes semaines où l’on se demande franchement pourquoi on continue.
Pourtant, ils reviennent. Encore et encore. Et avec le recul, je crois que c’est peut-être la seule différence qui compte vraiment.
L’argent?
Alors je me suis demandé ce qui expliquait cette capacité à durer. Ma première réponse était assez simple : l’argent. Après tout, si beaucoup de créateurs abandonnent, c’est peut-être simplement parce qu’ils ne gagnent pas assez.
Et honnêtement, ce serait une explication assez logique. On ne lance pas un blog, une chaîne YouTube ou une newsletter uniquement pour le plaisir de produire du contenu. Il y a souvent quelque chose derrière. L’envie de gagner un peu plus. De trouver des clients. De vendre une formation. De quitter un travail qui nous pèse. Ou parfois simplement de construire quelque chose qui nous appartient enfin.
Au début, cette perspective donne énormément d’énergie. On imagine facilement la première vente, le premier client, la première notification de paiement. On se projette vite. Je crois qu’on se raconte tous un petit film dans notre tête.
Le problème, c’est que la réalité est souvent beaucoup plus lente. L’article est lu par quelques dizaines de personnes. La vidéo reste bloquée à 143 vues. La newsletter gagne trois abonnés… puis en perd deux la semaine suivante.
Et côté revenus, il ne se passe pratiquement rien. Beaucoup de créateurs s’arrêtent à ce moment-là. Pas parce qu’ils sont mauvais. Pas parce qu’ils n’ont rien à raconter. Simplement parce que la récompense qu’ils attendaient semble encore très loin. Et franchement, je les comprends.
Mais plus j’y réfléchissais, moins cette explication me semblait suffisante. Si l’argent était vraiment le moteur principal, presque personne ne tiendrait les premiers mois. Or certains continuent malgré tout. Ils écrivent encore. Ils publient encore. Ils apprennent encore. Petit à petit, j’ai commencé à me dire que l’argent explique assez bien pourquoi on démarre… mais beaucoup moins pourquoi on revient travailler le lendemain.
La motivation?
Je me suis alors tourné vers une autre explication : la motivation. C’est probablement celle qu’on entend le plus souvent. Les créateurs qui réussissent seraient simplement plus motivés, plus disciplinés ou plus solides mentalement. Pendant longtemps, j’ai cru ça moi aussi. Et puis j’ai observé ceux qui publient depuis cinq, dix ou quinze ans. Honnêtement, je ne crois pas une seconde qu’ils soient motivés en permanence.
Ils connaissent eux aussi les vidéos qui ne décollent pas. Les lancements décevants. La motivation me fait penser à la météo. Il y a des jours où tout semble facile. Les idées arrivent, les phrases s’enchaînent, on a l’impression que tout coule de source.
Et puis il y a les autres. Ceux où chaque phrase paraît mauvaise. Où l’on passe son temps à se comparer aux autres. Où l’on actualise ses statistiques comme si un chiffre allait soudain nous rassurer.
Si tout reposait sur la motivation, ces journées-là suffiraient à faire abandonner tout le monde. Pourtant, certains continuent malgré tout.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me dire que la vraie réponse se trouvait probablement ailleurs. Quelque part dans quelque chose de beaucoup moins spectaculaire que le talent, l’argent ou la motivation.
Ce que j’ai fini par comprendre
C’est là que j’ai arrêté de chercher une recette miracle.
Peut-être que la bonne question n’est pas : comment est-ce que je reste motivé ?
Peut-être que c’est plutôt : qu’est-ce qui me donne encore envie de revenir, même quand ce n’est pas glorieux ?
Quand je regarde les créateurs qui tiennent dans le temps, je retrouve trois choses. Rien de très brillant, vous allez voir. Mais peut-être justement pour ça que ça compte.
D’abord, ils gardent une forme de contrôle sur ce qu’ils font.
Ils choisissent encore leurs sujets, leur rythme, leur manière de travailler. Pas parfaitement, bien sûr. Ils subissent aussi les contraintes, les algorithmes, les attentes. Mais ils gardent un peu d’air. Ils peuvent ralentir, changer d’angle, faire plus simple quand ils sont fatigués.
Et ce petit espace de liberté, même petit, change tout. Parce qu’on ne revient pas de la même manière vers quelque chose qu’on choisit que vers quelque chose qu’on subit.
Ensuite, il y a le sens.
Les créateurs qui durent ne parlent pas seulement de vues, de trafic ou de chiffre d’affaires. Ils parlent aussi des messages qu’ils reçoivent.
Un lecteur qui écrit : “Votre article m’a aidé à me lancer.” Une personne qui répond à une newsletter juste pour dire merci. Un client qui dit qu’il se sent moins seul. Ce n’est pas grand-chose, vu de l’extérieur. Mais quand on le reçoit, ça compte. Parfois beaucoup.
Et puis il y a un troisième point : ils aiment progresser.
Écrire un peu mieux. Expliquer une idée sans trop l’embrouiller. Faire une vidéo un peu moins maladroite que la précédente. Poser une meilleure question. Ce sont de petites victoires, pas très visibles, mais elles donnent envie de continuer.
Quand le travail lui-même commence à avoir de l’intérêt, on n’a plus besoin de se fabriquer une motivation neuve tous les matins. Enfin, pas autant.
Le problème n’a peut-être jamais été la motivation
En fait, je crois que je posais la mauvaise question depuis le début.
Je cherchais ce qui pouvait nous motiver à continuer. Mais les créateurs qui durent ne passent pas leur temps à chercher de la motivation.
Ils construisent surtout un travail auquel ils peuvent revenir. Même imparfaitement. Même lentement. Même sans grande inspiration.
Si vous devez vous convaincre chaque matin d’écrire, d’enregistrer ou d’envoyer quelque chose, ça devient vite lourd. On force. On serre les dents. Et à un moment, forcément, ça fatigue.
En revanche, si votre activité vous laisse un peu de liberté, si elle a du sens, si vous sentez que vous progressez, même lentement, quelque chose change.
Le travail devient un endroit où l’on apprend, où l’on essaie, où l’on rate parfois aussi. Et où, de temps en temps, on fait un peu mieux qu’hier. Ce n’est pas énorme. Mais c’est déjà quelque chose.
C’est peut-être pour ça que certains sont encore là dix ans plus tard. Pas parce qu’ils ont une énergie folle. Mais parce qu’ils ont construit une activité qui les nourrit un peu, même quand les résultats arrivent lentement.
L’argent reste important, évidemment. Personne ne construit une activité en espérant ne jamais être payé.
Mais l’argent est surtout un résultat. Ce n’est presque jamais ce qui nous aide à traverser les mois avant les vrais signes de réussite.
Ce qui nous fait tenir est souvent plus discret : choisir encore un peu, aider quelqu’un pour de vrai, sentir qu’on devient meilleur, même si c’est lent, même si c’est bancal.
Et vous, qu’est-ce qui vous fera encore créer dans dix ans ?
Je ne sais pas où vous en êtes aujourd’hui.
Peut-être que vous venez de lancer votre projet. Peut-être que vous publiez depuis quelques mois. Ou peut-être que vous êtes dans cette période bizarre où vous continuez, mais sans être totalement sûr de savoir pourquoi.
Ça arrive. On regarde les statistiques trop souvent. On se compare à des gens qu’on ne connaît même pas vraiment. On travaille beaucoup, et les résultats arrivent au compte-gouttes. Parfois, il faut le dire, on en a marre.
Si c’est votre cas, ne vous demandez peut-être pas seulement comment retrouver la motivation.
Demandez-vous plutôt, doucement : est-ce que ce que je fais me donne encore envie de revenir demain ?
Est-ce que j’ai encore assez de liberté pour créer quelque chose qui me ressemble ?
Est-ce que je progresse, même lentement ?
Est-ce que j’ai l’impression d’aider quelqu’un, même une seule personne ?
Si la réponse est oui, même un petit oui pas très assuré, alors vous avez peut-être déjà une bonne partie de l’essentiel.
Les revenus suivront peut-être. Plus vite que prévu, ou plus lentement que vous l’espérez. Personne ne peut le promettre, et ce serait un peu malhonnête de le faire.
Mais une chose me paraît assez vraie : les créateurs qui durent ne sont pas ceux qui n’ont jamais envie d’abandonner.
Ce sont ceux qui ont trouvé assez de raisons, parfois toutes simples, de revenir quand même.
Pas forcément réussir vite. Pas forcément briller. Juste construire quelque chose qu’on aura encore envie de retrouver… dans dix ans.
(Écrit à la main, par André Dubois).