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Du travail, de l’humiliation, et du risque effrayant de créer sa boîte

Il encore tapissé sa chambre avec sa merde.

Il est 22 heures. L’odeur me frappe le nez, et je constate le carnage. Il y en a du sol au plafond. La rage me fait trembler les mains, puis presque immédiatement, une immense tristesse la remplace.

Je le porte dans la salle de bain, je le lave, et je le couche dans une autre chambre en l’embrassant. Je prends un seau, de la Javel et une serpillière, et je nettoie en pleurant.

Mon fils a 5 ans, il est autiste. Je l’aime.

Il ne sait pas parler, et il ne comprend pas ce que vous dites. Il y a un film étanche entre son esprit et le monde.

Quoi d’autre ? C’est une pile nucléaire. Il n’est jamais fatigué. Si vous le mettez au lit, il ressort. Vous le ramenez, il ressort.  Record : 232 fois, officialisé par un comptage minutieux de mon épouse.

Alors quand nous sommes fatigués, nous fermons lâchement sa chambre à clé. Il n’arrive pas à ouvrir, il n’insiste pas et s’endort en paix. Vives les serrures, comme c’est pratique. Ça l’est moins quand il veut aller aux toilettes, et qu’il ne sait pas le demander. Il fait, puis il s’essuie comme il peut. Comprenez sur la moquette, son matelas, ses draps, les murs Enfin, il saute sur son lit jusqu’à ce que je vienne voir ce qui se passe. Sa manière de me faire comprendre « Hé papa, j’ai un problème là, aide-moi. »

Chambre nettoyée, nous allons nous coucher. Je suis sur les nerfs, et je m’endors vers 2 heures. A 4 heures, je me réveille en sursaut. J’angoisse sur son avenir, jusqu’au petit matin.

Vous connaissez peut-être cela, l’insomnie. Elle vous colle. Et vous avez beau vous retourner, fermer les yeux, ou compter les moutons, elle reste. A une heure du matin, on se dit qu’il faudrait enfin s’endormir. Et à 5 heures, vous êtes en rage, sachant que la journée va encore être une lutte contre la fatigue.

Le pire : c’est juste une nuit comme les autres.

L’insomnie est devenue ma routine. A ce moment de ma vie, je ne blogue quasiment plus, je n’en ai pas le courage. Je m’en fous, j’ai un bon job et un bon salaire. Les blogs à l’époque, c’est simplement mon passe-temps.

7 heures. Bip, bip. Allez gros, debout, va bosser.

Longue douche chaude, café fort. Un deuxième café fort.

Je vais encore arriver au travail décalqué. Ça devient dur, je le sens. On manque de ressources, je pousse mon équipe. Ils se plaignent dans mon dos. Depuis un mois, mon boss ne me parle plus, il m’écrit. Pas bon. Je sais comment ça commence.

Avec mes valises sous les yeux, c’est sûr, je suis dans le collimateur, même si tous mes indicateurs sont objectivement au vert.

Bingo. Deux mois plus tard, je suis victime du parfait licenciement abusif. On se retrouvera au tribunal, petit personnage.

Vous arrivez chez vous. Votre femme vous demande pourquoi vous rentrez à 11 heures. Vous n’arrivez pas à lui dire. Comme si ne rien dire pouvait retarder la réalité : vous êtes dans une sacrée merde.

80% des parents d’autistes divorcent. Je le comprends. Parce que qu’il n’y a jamais de pause. C’est 24 heures sur 24, 365 jours par an. Il faut gérer, tout, tout le temps. Rajoutez le chômage et les problèmes de fric, et c’est terminé.

Ma famille va exploser.

De la valeur du travail

Je me souviens de ce parent éloigné qui avait perdu son travail, et qui pointait depuis 2 ans. Je suis rentré dans la vie professionnelle à peu près au même moment.

Je l’aimais bien. Je le voyais aux mariages, aux communions, et j’adorais discuter avec lui. Il avait démissionné de sa boite sur un coup de tête. A 56 ans, il n’avait pas supporté qu’on nomme un merdeux dans le fauteuil de chef, poste qu'il convoitait lui-aussi.

Les gens le critiquaient dans son dos. « Quelle idée de claquer la porte ! Quel orgueil mal placé ! Je ne pense pas qu’il cherche vraiment du travail. Du travail, quand on en veut, on en trouve.»

Mauvaises langues, il m’a raconté avoir envoyé plus de 800 candidatures…

…Et qu’il avait reçu seulement 4 retours. Tous négatifs. Je me souviens qu’il me posait des questions sur la logistique, parce qu’il avait un projet de création d’entreprise.

Je lui ai posé la question : « Mais pourquoi t’as démissionné, finalement ? Tu pouvais attendre la retraite tranquillement, et tant pis pour ton nouveau chef ! C’est qu’un boulot, après tout ! »

Il n’a rien dit pendant quelques secondes. Puis il a m’a bien regardé, et il a soufflé : « Le travail, ce n’est pas qu’un emploi, c’est bien plus que çà. »

Je ne comprenait pas pourquoi les gens se mettaient dans des états pareils à cause de leur job.

Sans doute parce que ma carrière était un missile longue portée vers un salaire à 6 chiffres.

Bac +5, mention. Premier poste à l’étranger, dans l’automobile. Second poste dans l’aéronautique. Chef de service à moins de 30 ans. Membre du comité de direction d'une usine de 300 personnes à 32 ans. Trop facile, arrogant. Plus dure sera la chute.

Alors quand moi aussi j’ai perdu mon job, j’ai compris que le travail, c’est bien plus qu’un emploi.

De l’humiliation 

Je n’ai jamais eu honte de mon fils, jamais.  Même quand il se roule par terre dans les magasins et que tout le monde me regarde comme si j’étais un mauvais père.

Mais que j’ai eu honte de perdre mon job. Les regards compatissants. Ceux qui vous disent : « bah tu vas retrouver, hein ? ».  Bah non, en fait, je ne pense pas.

« Ah, vous avez été licencié ? Mais pourquoi ? Ah bon, vous avez un fils handicapé ? On vous tient au courant.» Evidemment, c’est illégal. Mais vous savez bien comment ça se passe dans les entreprises.

Votre travail, c’est votre place dans la société. C’est la fierté de réaliser des choses, d’appartenir à une équipe. On dit qu’on perd son "emploi". Et c’est exactement cela: vous êtes comme un outil "inemployé", remisé au fond d’un tiroir. Sans utilité pour le monde.

Atroce.

Pour la première fois de ma vie, j’ai compris pourquoi les ouvriers menacent de faire péter les usines qui ferment. Pourquoi certains types finissent brisés, à la rue, après un licenciement.

Car perdre son taf, c’est tout sauf une question d’argent. C’est une question d’honneur et d’amour propre. Mon cousin éloigné avait raison.

Que j’ai eu honte, et que j’ai eu peur. Honte de mon échec, honte du rejet, honte de ne plus compter. Et je ne l’ai dit à personne. Ni à mon épouse, ni à ma famille, ni à mes amis.

Je ne me suis jamais retrouvé désespéré au point de craquer complètement. Parce que mes enfants ont besoin de moi.

L’autisme est le drame de ma vie. Je me viderais une casserole d’huile bouillante sur la tête si ça pouvait faire sortir mon fils de sa bulle.

L’autisme est aussi la chance de ma vie. Cela m’a donné le courage de me remuer les fesses, et de faire ce pour quoi je suis fait.

Ecrire.

Du risque effrayant de monter un business 

Vous y pensez sans doute. Oser entreprendre. Vivre de votre blog et plaquer votre job. La flamme est là, mais vous l’étouffez lâchement parce que vous avez la trouille.

J’avais déjà des blogs à l’époque, non monétisés. Et l’idée d’en vivre  me trottait dans la tête depuis longtemps, mais je n’ai jamais eu le courage de me lancer.

Comme vous, j’avais 1001 bonnes raisons de ne rien faire : je me sentais redevable à mon entreprise. Je ne voulais pas avoir une mauvaise couverture sociale avec un gamin handicapé. Ma femme ne bossait plus pour s’occuper de lui. J’avais lâchement peur d’avoir des revenus irréguliers.

La peur.

J’étais comme un gamin allongé, le soir, dans l’obscurité de sa chambre. Mon placard était rempli de monstres que j’avais créés. Et comme un gamin sous sa couette, j’avais beau me dire que ces monstres n’existaient pas, j’étais tétanisé.

Vous vous dites que vous allez manquer de fric. Vous vous dites qu’on va vous expulser, et que dans 6 mois, vos enfants feront la manche au feu rouge avec les Roms. Alors vous acceptez votre patron, vos collègues, et vous comptez les jours jusqu’aux vacances, parce que le risque de vous lancer vous terrorise.

Vous vous vautrez devant la télé pour ne plus penser à votre job. Et pourtant, cette idée ne vous quitte jamais complètement. Oui, vous en rêvez. Oui vous voulez monter votre propre affaire, et vivre de votre site.

Mais vous flippez. Tout comme moi.

Après 6 semaines supplémentaires sans dormir, mon médecin a commencé à me parler d’antidépresseurs. J’avais une tête de mort vivant. Alors j’ai fait ce que j’aurai du faire bien avant.

J’ai demandé de l’aide.

Pour passer à l’action, et remettre nos vies sur de bons rails.

Ma femme m’a longuement écouté. « Oui, je comprends qu’après ce qui t’es arrivé, tu ne veux plus bosser pour quelqu’un. Bosse à la maison, organisons mieux l’agenda du petit, et en plus je pourrais reprendre un travail de mon côté. De cette façon on assure même si tes débuts sont difficiles ». Bénis soit le jour où je t’ai rencontré.

Comment faire bouillir la marmite ? Moi je faisais tourner des usines, je n’avais jamais rien vendu de ma vie. Un mentor. J’ai besoin d’un mentor. J’appelle un ami entrepreneur. J’ai eu une longue discussion avec lui.

« Comment puis-je gagner ma vie en ligne ? », dis-je.

« Monétise tes sites, comme tu me l’a dit », me répond-il.

« C’est risqué…Et si ça marche pas, je fais quoi, je finis à la rue ? », dis-je.

Et là, il m’a révélé le GRAND SECRET de la Vie, de la Terre, et du Cosmos.

« Tu es brillant. Si ça ne marche pas, tu feras autre chose, voilà tout. »

Je suis resté immobile 4 ou 5 secondes, comme si je tenais un ticket de loto gagnant entre les mains. La bouche un peu ouverte, l’air idiot, à décrypter ce que je venais d’entendre.

Je vous jure que l’éléphant que j’avais sur le dos s’est envolé à cet instant même. Pas de grand discours motivationnel. Une simple évidence, rappelée par un ami plus intelligent que moi. Il y a toujours une solution. Il y a toujours un nouveau projet à tenter.

Ni l’échec, ni ses conséquences ne m’effraient à présent.

J’ai monétisé mon site de tir, et il me rapporte entre 90 centimes et 2 euros par inscrit et par mois. Le pire, c’était avant.

Je dors à nouveau. Mon fils progresse. Il a compté jusque 48 hier. Il arrive à répéter une phrase ou deux. Continue bonhomme, tu seras autonome. Nous sommes un peu cabossés, mais heureux.

Je suis heureux, mais je me sens stupide. Car j’aurai dû agir plus tôt.

Et en toute franchise, vous êtes stupide, vous aussi.

La raison pour laquelle nous acceptons notre triste sort 

Vous aussi, vous rêvez de travailler à votre compte, pour remettre votre vie sur les bons rails. Et vous aussi, vous avez créé un monstre dans votre placard.

Vous avez peur de plus pouvoir payer votre crédit. Vous avez peur du regard des autres. Vous avez peur d’échouer.

C’est normal. Tout notre environnement nous pousse à cette peur, depuis notre plus jeune âge. Travaille à l’école sinon tu n’auras pas un bon métier. Travaille dans une entreprise comme cela tu pourras acheter une maison. Cotise pour ta retraite, car ce sont les seules années où tu pourras profiter de la vie.

C’est des conneries.

La vérité, c’est que vous refusez le risque parce que vous surévaluez les conséquences d’un échec.

On a tous tendance à confondre un échec et ses conséquences. Un échec, tout le monde en vit. Tout le monde. Et les conséquences ne sont jamais aussi terribles qu’on ne le pense. Vous ne finirez pas clochard parce que vous avez planté votre monétisation de blog. Vous n’aurez pas besoin de vendre votre rein à la mafia.

Votre amour-propre en prendra un coup, vous comprendrez ce qui a foiré, et vous ferez mieux la fois d’après. Point.

Finalement, vos options sont limitées. Vous pouvez, au choix :

  • Continuer à travailler comme vous le faites jusqu’à votre retraite.
  • Vous lancer et réussir.
  • Vous lancer et échouer, et tenter autre chose.

Prêt à faire le grand saut ?

Est-ce que je vous dis de vous lancer maintenant ? 

Oui. 

Mais pour limiter les erreurs, vous devez vous faire aider par quelqu’un qui connait le business. Un mentor m’a donné le courage. Un mentor vous empêchera de faire des âneries.

A plusieurs, on réussit toujours mieux.

Une expérience scientifique l’a prouvé.

Imaginez que vous devez partir dans la jungle. Vous avez une liste de 50 objets et vous devez en choisir 20 pour votre sac à dos. Ok. Vous réfléchissez, et vous choisissez vos 20 objets de survie.

Ensuite, refaites le même exercice avec un groupe de 10 personnes. Choisir 20 objets parmi 50 pour survivre dans la jungle. Les gens discutent, s’engueulent, et finalement le groupe choisit ses 20 objets.

Vous savez quoi ?

9 fois sur 10, le groupe a une meilleure liste que vous. Plus proche de la liste idéale définie par les pros de la survie. Genre commandos. A plusieurs, on fait toujours de meilleurs choix.

J’ai participé à cette expérience, j’étais sidéré. J’aurais juré que mes 20 objets étaient meilleurs que ceux du groupe. Mais non. Si je m’écoute, je meurs dans la jungle. Si j’écoute le groupe, je survis.

Alors pour que votre projet réussisse dans la jungle des affaires, faites-vous aider.

Je n’osais pas me lancer, terrorisé comme un lapin dans les phares d'une bagnole, et ma vie partait en vrille, nous attirant tous les quatre vers le précipice.

Oui, se lancer, c’est difficile et cela fait peur.

Mais il a suffi d’une discussion avec la bonne personne.

Allez à des réunions d’entrepreneurs, à la chambre de commerce. Posez des questions. Vous apprendrez de ceux qui ont réussi. Vous apprendrez encore plus de ceux qui ont échoués.

Dites-leur que vous hésitez. N'ayez pas peur!

Vous allez être surpris du courage qu’ils vont vous donner. Oubliez ce qu’on vous apprend à l’école. J’ai plus appris sur l’industrie en 6 mois de stage qu’en 5 ans d’études. Et j’ai tout appris sur le business en discutant avec des entrepreneurs.

Eux aussi ont pris des baffes. Mais ils sont encore là.

La solution n’est pas de tout plaquer sur un coup de tête. Ni de s’agripper au maximum à un travail qui ne vous convient plus, au risque de tout bousiller.

Ce qu’il vous faut, ce sont les conseils éclairés de quelqu’un qui a vécu cela, et qui va vous éviter les pièges. Arrêtez de rêver à votre projet. Allez simplement en discuter avec des gens qui connaissent l'entrepreneuriat. Personne ne va vous piquer votre idée.

Un mentor va vous éviter les embûches. Un mentor va vous donner le courage d’agir. Il vous remettra sur le chemin si vous vous dispersez.

Un mentor multiplie vos chances de succès par un million.

L’échec est toujours possible,oui, je suis ici pour vous dire la réalité. Mais vous êtes brillant vous aussi, alors si ça ne marche pas, vous ferez autre chose. Voilà tout.

Je n'ai trouvé le courage qu'au bord du précipice.

Oserez-vous le trouver avant?

André Dubois
 

En ce moment, André doit être encore en train d'écrire un article de 3000 mots. Tout cela pour un objectif: vous apprendre à bloguer si bien que vous pourrez en vivre.

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