Je me souviens du jour où j’ai décidé de tout changer.
Au bureau. Mon chef a relevé les yeux, et m’a regardé en souriant.
« Bravo. Tu as vraiment bien travaillé cette année. J’apprécie de pouvoir compter sur des éléments comme toi ».
Tu m’étonnes coco. Après avoir bossé un an à redresser la logistique que tu étais infoutu de gérer, ces mots m’ont fait du bien.
J’attendais la suite.
« Voilà, reprit mon chef. J’ai bien compris qu’un tel boulot nécessite un geste fort, alors je me suis battu auprès de la direction pour que tu sois récompensé, crois-moi. Nous avons décidé de t’augmenter de 1.6% ».
Argh. Lui jeter mon téléphone à la tête.
Mais non. J’avale ma salive et sort « un merci », les dents serrées.
Cette année-là, J’avais fait économiser 300 000 euros à l’entreprise. Ma récompense : quelques dizaines d’euros en plus, et la reconnaissance provisoire de ma hiérarchie. Avec en plus cet idiot qui me sourit, fier comme s’il venait de d’inventer le pain en tranche. J’ai de quoi être fier: je suis un contributeur clé m’a-t-il dit. Du baratin qu’il a dû lire dans « le management pour les nuls ».
Oh, je savais très bien comment marchent les entreprises. La non reconnaissance. La routine. Les réunions interminables, et les décisions lâches ou absurdes. Ce n’était même pas une surprise. Mais naïvement, je croyais encore que bien bosser suffisait pour mieux gagner sa vie.
Il fallait que cela change.



Ma gorge est devenue sèche en un instant.



